30 novembre 2006
Ice skating in Central Park
Voilà encore une petite case cochée : Faire du patin à glace sur la patinoire d'hiver de Central Park. C'était un peu improvisé, et à vrai dire, en partant pour Manhattan, on ne savait pas vraiment ce qu'on allait faire. On savait juste qu'on allait faire visiter quelques endroits à deux jeunes filles au pair de connaissance récente, qui étaient rarement allées à New York. Puis le point de rendez-vous avec une troisième nous amena à l'entrée de Central Park, face à la patinoire, au niveau de la soixantième rue. Et là, l'envie de chacun de chausser les patins se fit évidente, donc on a dit "Banco!", on a vendu la caravane pour pouvoir payer l'entrée (17 $ par personne quand même) et on a chaussé les patins de location. Je ne me rappelais plus que marcher sur des lames de trois millimètres de large pouvait être aussi douloureux, d'autant que je reste persuadé que l'une des miennes était en biais, ce qui rendait difficile une démarche sobre.
Week-end de Thanksgiving oblige, nous n'étions pas les seuls à avoir eu l'idée, et la patinoire était assez encombrée. La température était plus que clémente, le soleil bien visible, et pourtant, cette patinoire était bien en glace ("doit leur coûter cher en énergie par des jours pareils", se dit alors le néo-écologiste en moi).
Aux moments des premiers pas sur la glace ("Il est bizarre ce sol ... hé mais ça glisse !"), j'essayai de me rappeler la dernière fois que j'étais monté sur de la glace. La dernière fois, c'était sur un trottoir parisien et ça n'était pas un moment de gloire. La fois d'avant sur le canal gelé qui passe devant la maison de mon père à Velars sur Ouche. Et je n'avais pas de patins, et ça remonte quand même à longtemps. Bref, j'étais peu rassuré sur mes compétences en Philippe Candeloro, malgré la certitude qu'avoir passé des années à faire des âneries en roller sur des monuments au mort devait aider. Les premières hésitations passées ("Mettre un pied devant l'autre ... recommencer ... mettre un pied devant l'autre, recommencer ... oui m'enfin ça glisse vachement quand même"), je me souvenai qu'une fois qu'on a intégré l'absence d'appui à l'avant du patin, c'est effectivement presque du roller. Et me voilà lancé dans des tours à vitesse croissante, parmi une foule grandissante de familles en sortie du dimanche, de petites filles habillées comme les patineuses à la télévision qui font des pirouettes que tu n'envisages même pas, de bambins minuscules dans des forêts de jambes et de lames, de gros costauds qui titubent en chasse-neige (?!) avec les bras en balancier, et de jeunes retraités qui n'en sont clairement pas à leur coup d'essai sur la glace New Yorkaise. Une fois de plus je me suis émerveillé de la capacité du cerveau humain à résoudre des équations différentielles multiples de physique des particules à l'échelle macroscopique en temps réel, pour trouver une trajectoire et éviter l'ensemble des gens qui n'ont pas une trajectoire parallèle à la sienne (soit tous les autres patineurs), et ce malgré une technique hésitante. Et puis j'ai pris conscience de la musique diffusée par des hauts-parleurs stratégiquement placés, qui rythme instinctivement les patineurs qui peuvent se le permettre et leur donne des envies de combinaisons triple salchow - triple boucle piquée - pirouette Biellmann - double arabesque jambe arrière tendue - préparation de triple axel - triple axel - travail de carre - saut de trois - grand aigle - pirouette combinée - accélération - enchaînement pirouette royale - arrêt complet sur la dernière note de la bande son - sourire essouflé - salut - fleurs jetées sur la glace - baisers envoyés à la foule en délire - attente des notes dans la "kiss and cry area" - embrassade avec son entraîneur - coucou à la caméra - breloque ou pas breloque - passage par la zone mixte - Nelson Monfort et son anglais ... Bref, il semblerait que je m'égare. La musique donne, disais-je, du rythme, et quelque chose de très cinématographique à cette ellipse de glace au milieu de Central Park, au milieu de Manhattan.
Même distrait par toutes ces considérations, je n'ai tué personne, je ne suis pas tombé (en même temps une des filles avaient pris un forfait "je vais me casser la gueule pour tout le monde comme ça se sera fait, et j'aurai le genou gauche et les fesses bleus pendant trois semaines pour me rappeler mon sens du sacrifice". Merci à elle.) et en quittant la patinoire, enthousiasmé, je me disais que j'allais pouvoir faire une belle croix dans une case de mon "Grand Livre De Tous Les Trucs Que J'Aimerais Faire Aux Etats-Unis". Check.
Sam, one down, half a million to go.
29 novembre 2006
What Bobby says ...
Warning : Allergiques aux billets
longs à n'en plus finir sur des sujets de politique environnementale, passez
votre chemin. Vous poursuivez la lecture de ce billet au péril de votre intérêt.
Mercredi soir, grâce à
une très populaire princetonienne de ma connaissance, j'ai eu la chance d'avoir
dans les mains une invitation pour aller voir, à l'auditorium de la Princeton Highschool
L'ensemble était très, très instructif et, si le contenu en est véridique, absolument révoltant ! Extraits
de ce qui m'a marqué :
quarante-huit états américains ont déclaré la consommation des poissons de leurs rivières impropres à la consommation pour cause de pollution au mercure. Les deux états qui ne l'ont pas fait sont le Wyoming et l'Alaska, pour la bonne raison qu'aucun test sur la faune aquatique n'a été fait. La pollution au mercure, vraisemblablement responsable de pluies acides dans le pays, pourrait être le résultat des rejets dans l'atmosphère des usines de gaz et de pétrole. Il y en a environ quatre-vingt dans le New Jersey. Les lobbyistes de ces industries ont largement financé la campagne de George Bush, dans un premier temps, puis son administration dans un deuxième, à hauteur d'une centaine de millions de dollars. Résultat, l'administration Bush a allégé le "Clean Air Act" (loi sur le contrôle de la pollution de l'air qui date de 1963) au profit de ces industries en 2002. Et Bobby de s'adresser emphatiquement à la salle : "L'administration Bush a privé l'Amérique de la traditionnelle partie de pêche entre un père et ses fils", et "Quand je vois mon fils, qui souffre d'asthme, chercher de l'air, je ne peux m'empêcher de penser que c'est parce que ces industries ont donné de l'argent à des politiciens" … ;
le taux de mercure dans les corps des américains est dramatiquement élevé. Kennedy lui-même affirme que son taux de mercure est 2,5 fois plus élevé que les taux reconnus sains par les agences gouvernementales. Il dit qu'avec certitude, on peut affirmer qu'une jeune femme enceinte ayant un taux de mercure dans son corps comparable au sien donnera naissance à un enfant avec des déficiences mentales irréversibles, et que les chiffres des naissances d'enfants atteints de maladie du cerveau sont en croissance permanente;
par décision du Congrès, les ondes hertziennes sont du domaine public, en conséquence de quoi les radios et les télévisions doivent "servir le public", en particulier en conservant des journaux d'information quotidiens. Il semblerait que les stations s'y soient tenues, considérant les divisions "actualités et informations" comme non-rentables mais obligatoires. A une époque, les chaînes garantissaient une information de qualité en embauchant des journalistes compétents et intègres, ce qui ne semble plus être le cas aujourd'hui, et il suffit de regarder la télévision pour s'en rendre compte. Considérées aujourd'hui comme des fardeaux nécessaires, les rédactions sont dépourvues de moyens, d'objectivité et de liberté, pour ne pas dire de compétence. La totalité de la presse, de la radio et de la télévision est détenue par cinq grands groupes, et ont tous des directives précises sur ce qui se dit ou non à l'antenne. Point de liberté de la presse dans ce pays, point de diversité, point de presse indépendante. Il est également très difficile de trouver des informations internationales. La plupart des chaînes de télévision n'en ont simplement pas. Pour l'actualité internationale en anglais, ceux qui le veulent consultent le site de la BBC (j'ai effectivement déjà été témoin de ça). Et Bobby de réclamer une presse agressive, indépendante et compétente …;
une étude faite sur un panel de républicains et de démocrates montre quelques points intéressants. Si on demande à chacun s'il pense qu'il fallait aller en Irak (la deuxième fois) et si les Etats-Unis avaient des raisons d'y aller, les réponses entre les démocrates et les républicains divergent fortement. Une large majorité des républicains sont pour, une petite minorité des démocrates sont pour. Si hypothétiquement, on repose la question, en supposant qu'il n'y avait pas d'armes de destruction massive, que les terroristes du monde entier n'ont pas leur quartier général en Irak, alors 84 % des démocrates et 84 % des républicains répondent qu'il ne fallait pas y aller. Intéressant au niveau de la désinformation. Et Bobby de conclure que les valeurs sont les mêmes mais que les sources d'informations sont différentes et que finalement, la plupart des républicains sont des démocrates qui ne savent pas trop ce qui se passe;
Une autre étude montre que deux tiers des américains pensent que c'est Saddam Hussein qui est responsable des attentats du onze septembre deux mille un. Et Bobby de laisser rire son public pendant vingt bonnes secondes;
Robert Kennedy ne croit pas en l'ultra libéralisme tel qu'il est pratiqué dans ce pays, mais croit cependant au marché libre. Inclure dans la valeur d'un marché les conséquences écologiques dans leur ensemble lui donne une vision de l'économie de marché tout à fait discordante avec ce dont il est témoin aujourd'hui. Et Bobby d'ironiser : "It's not about piling up your whole life and whoever dies with the most stuff wins".
Bref,
si on excepte le sermon sur les manifestations de Dieu dans la nature comme
raison de la préserver, tout ça semblait de bon sens et il était plaisant
d'entendre quelqu'un avec une vraie conscience écologique et des idées sur le
sujet qui ne sont pas incompatibles avec l'action individuelle et le monde
économique comme il est presque.
La salle, résolument démocrate (bien que Bobby
ne se réclame ni démocrate ni républicain), applaudit à maintes reprises, en
particulier quand les touches d'ironie égratignaient Bush et son administration.
Au passage j'en profite
pour conseiller le très bon film d'Emilio Estevez, "Bobby", sur l'assassinat de Robert F.
Kennedy ("The greatest president America never had"). C'est un film-chorale
(vingt-deux personnages !) bien réalisé, bien monté, avec des messages clairs
sans être étouffant, et suffisamment enthousiasmant pour que j'arrive à me faire
surprendre par l'assassinat. Pourtant, je le savais !
Sam.
PS: pour ceux qui sont
arrivés jusqu'en bas de ce post, d'abord bravo, ensuite je ne fais que
retranscrire des choses que j'ai entendues, je suis loin d'avoir vérifié toutes les sources, mais l'ensemble était convaincant et avait le mérite d'engager le réflexion, et troisièmement, j'écris aussi ça
pour m'en souvenir parce que ça m'a intéressé.
06 novembre 2006
Housing: found
Après une quinzaine de
jours de recherches éprouvants, ça y est, c'est fait, j'ai emménagé dans une
nouvelle maison, sur la rue principale de Princeton, Nassau street. Mes colocataires
sont deux mexicains, un frère et une sœur, 25 et 31 ans, étudiants à plein
temps et barman et barmaid à plein temps également (non, je ne sais pas trop
comment ils font). La bonne nouvelle, c'est qu'ils bossent dans la brasserie
la plus sympathique de Princeton, et que ça peut toujours être intéressant d'avoir
un pied là-bas. La moins bonne, c'est que les murs ne sont pas bien épais ... Et si la chambre est petite et pour l'instant mal éclairée,
l'appartement répond à tous mes critères, et pour la première fois depuis sept
mois, j'ai un bureau, sur lequel je peux poser mon portable, et une chaise sur
laquelle je peux m'asseoir face au portable pour écrire des posts sur ce blog.
Pour faire écho au post précédent, finalement, j'ai trouvé cet endroit non pas par recherche classique sur le web et dans les journaux, mais par contact, encore appelé piston. Une amie au pair qui connaît la totalité des habitants de Princeton, m'a mis en contact avec mes nouveaux colocs, et l'affaire était réglée en deux jours. Pas si dur que ça, finalement, quand on connaît les bonnes personnes.
Sam, in Princeton







