05 février 2007
Superbowl XLI
Aujourd'hui, dimanche 4 février 2007, c'était le Superbowl, la grande messe sportive et publicitaire annuelle des USA. Cette année le Superbowl opposait les Colts d'Indianapolis aux Bears de Chicago (ce qui ne veut pas dire que des chasseurs venus de l'Indiana ont passé leurs soirées à se battre contre des ours de l'Illinois, ce sont les noms des équipes, soyons d'accord, mais il semble que personne ne se souvienne des équipes d'une année sur l'autre, donc vous pouvez soigneusement ne pas les retenir). Les médias ont passé les deux semaines précédant le match à couvrir chaque pas des joueurs et chaque rumeur dans un built up absolument inutile. Et aujourd'hui, jour de match, les happy few qui ont payé leur place 5000 dollars ont du être ravis de constater qu'il pleuvait des cordes sur le stade des Miami Dolphins, théâtre du match de l'année.
Le football américain, en gros, est un jeu de gagne terrain, ou chaque équipe à quatre tentatives pour avancer de dix yards, afin de pouvoir obtenir quatre autres tentatives pour avancer de dix yards, jusqu'à l'en-but adverse. Subtil. Dans une équipe, chaque joueur à sa spécialisation, de "celui qui va courir comme un dératé sur la deuxième mise en jeu si son équipe est en attaque et à moins de sept yards à couvrir", à "celui qui va dégager son camp à la remise en jeu", en passant par "celui qui va donner son corps pour défendre le premier coureur en attaque", "celui qui doit charger le running back adverse en défense" ou "celui qui prendra la place de quaterback si les trois autres qui sont meilleurs que lui se blessent". Du coup, une équipe de football américain, c'est quasiment cent joueurs pour trente mille livres de muscles et testostérone. Et chaque équipe change intégralement entre chaque tentative, qu'elle attaque ou qu'elle défende. En conséquence, un match de football américain est aussi haché qu'une conversation téléphonique le soir du nouvel an. Comme il s'agit de la plus grosse audience de l'année, CBS place une page de pub tous les arrêts de jeu, soit toutes les minutes de jeu en moyenne, et facture la seconde 85 000 dollars. Et à ce prix là, les publicitaires mettent le paquet, créant des spots pour l'occasion, et faisant des efforts inhabituels de créativité (non, je n'aime toujours pas la télévision), à l'image des pubs pour BudLight, dont une est en passe de devenir mythique, ou celles pour le site careerbuilder.com. Mais enfin, ça reste de la pub.
Aujourd'hui, c'était le 41ème Superbowl, écrit ici, pour une raison qui m'échappe, "Superbowl XLI", à ne surtout pas confondre avec "Superbowl Xtra Large Interest". Parce qu'il faut reconnaître qu'il y a des activités plus intéressantes qu'un match de football américain où l'enthousiasme et l'attention sont beaucoup plus stimulés, comme la pêche à la ligne ou l'observation d'un robinet qui goutte. Mais, soyons juste, il y a des activités plus ennuyantes, comme regarder un match de baseball (l'autre sport américain où il ne se passe rien) ou jouer à "je te tiens, tu me tiens par la barbichette" avec un chien empaillé. Regarder un Superbowl sans l'aide de gallons de bière et d'une bande de potes, peut, according to the surgeon general, entraîner la mort par ennui, et on remarquera que personne ne s'y risque. Voilà qui est dit.
Sam, bored to death
16 janvier 2007
Mister Noodles
Le 7 janvier dernier, le décès d'un des sauveurs des étudiants de ce monde est probablement passé inaperçu. Pourtant, il s'agit de l'homme qui aujourd'hui encore permet à l'étudiant de se sustenter tout en préservant sa bourse (aux sens médiéval et académique du terme), et son temps. Momofuku Ando, l'inventeur de la recette des nouilles instantanées chinoises, un japonais né à Taïwan (sic) est mort à l'âge de quatre-vingt seize ans (voir ici, ici ou là).
Au sortir de la seconde guerre mondiale, le Japon a faim et le pain à la farine de blé américaine ne passe pas très bien chez Monsieur Ando, qui aspire à quelque chose de plus traditionnel. Il aimerait bien manger les nouilles de son enfance, mais elles sont chères et se conservent mal. Après quelques années de recherche dans son atelier, il découvre en 1958 un procédé qui permet de dessécher des nouilles frites au goût de poulet qui redeviennent comestibles aspergées d'eau bouillante. Après avoir rassasié le Japon, il exporte ses nouilles (encore appelée Ramen ou Yum-Yum) aux Etats-Unis en 1971, et s'inspirant de la façon dont les américains les consomment, invente la "Noodle Cup" qui permet d'acheter, de préparer et de manger la mixture dans le même récipient. Il fallait y penser !
"Noodles Papa" a créé une compagnie, Nissin Food Products, dont il resta le président jusqu'à l'âge de 94 ans et qui avait vendu en 2004 environ 70 milliards de portions. Alors certes, à dix cents le paquet, ça ne fait pas énormément d'argent, mais il est reconnu comme un des grands hommes asiatiques, ce qui lui a valu la création du "Musée Momofuku Ando des Ramens Instantanées" en 1999 (depuis Osaka, prendre la ligne Hankyu-Takarazuka jusqu'à la station Ikeda, puis marcher cinq minutes vers le nord, l'entrée est gratuite) et la parution d'une autobiographie en 2002, nommée fort à propos "Comment j'ai inventé les nouilles magiques".
Alors pendant la prochaine "Semaine des Ramens" (environ une semaine sur deux, sachant que nous sommes payés toutes les quinzaines), j'aurais une pensée pour Momofuku. Sans lui je mangerais peut-être de la salade, qui sait ?
Pour la recette, voir au dos du sachet.
Sam, ramen consumer
17 décembre 2006
Deer, oh deer !
Y aura-t-il de la neige à Noël ?
Dans quelques jours, je ne l'appprendrais à personne, c'est Noël, et il est difficile de l'oublier dans un environnement consumériste comme le mien. Le Princetonien est d'ailleurs un décorateur de Noël acharné et efficace, même si visiblement peu inquiet du montant de sa facture d'électricité. Encore une fois, de toute façon Kyoto lui évoque au mieux une ville quelque part en Asie, au pire le nom d'un art martial. Mais les résultats sont impressionants, et les maisons illuminées donne un air de Noël au Princeton nocturne (Je mettrais bien des photos, mais dans les circonstances actuelles, le lecteur assidu de ce blog comprendra que c'est difficile). On attend toujours la neige, qui a fait son apparition au Texas il y a plus d'une semaine, mais pas chez nous. Et si l'Europe connaît son automne le plus chaud depuis 500 ans, le New Jersey se la joue aussi tête de classe en matière de températures anormales, avec des variations plutôt incompréhensibles.
Away from home
Parmi ceux qui restent à Princeton pour Noël, il y en a quelques uns, comme moi, qui vivront leur premier Noël loin de toute famille. Le traditionnel enchaînement Noël en famille, Nouvel An avec ses potes se transforme en Noël avec des potes, et Nouvel An avec d'autres potes, mais chez mon père. On a beau se dire qu'on n'est pas attaché au folklore familial, au sapin et aux cadeaux, aux éventuelles messes et soupes à l'oignon, aux dîners en famille et aux services après-vente des supermarchés (mon marronier préféré au journal télévisé), se dire qu'on n'aura pas droit à tout ça cette année, ça fait quelque chose, c'est une preuve de plus que sa vie a changé et qu'en plus d'avoir pris un an, on a pris un sérieux envol en venant ici.
Santa is a piece of garbage
Un soir de la semaine, rentrant d'une soirée de plus à l'Appart et alors que je me demandais si le Père Noël allait réussir à s'y retrouver avec mes trois déménagements et mon changement de continent cette année, apparu sur la route comme un signe. Quatre biches, idiotes comme elles peuvent l'être, arrêtées au milieu de la route, à fixer mes phares (la question de la lumière blanche au fond du couloir noir est résolue pour les biches, c'est toujours ça de fait). Et ralentissant pour les laisser finir de traverser à un train de sénateur (mais un qui n'aurait pas grand chose à faire de sa journée), je remarquai soudain que ces quatre là portaient toutes autour du cou un collier et une clochette ... Des cervidés domestiques qui se promènent à un bloc de chez moi au milieu de la nuit à une semaine de Noël avec des clochettes autour du cou ... si ce n'est pas un signe, j'arrête de lire mon horoscope !
14 décembre 2006
Prejudice
Vingt trois heures. Après une salade à la Panera et un Diet Coke au Triumph pour célébrer un anniversaire (et oui, on ne se prive de rien à Princeton), je m'étais égaré au Starbuck's Coffee de Nassau Street, malgré une envie tenace de mettre un terme à une déjà longue journée. Mais la compagnie ne se refusant pas, j'avais repoussé bedtime d'une heure, et je tentais tant bien que mal de matérialiser par la pensée des allumettes à placer entre mes arcades sourcilières et mes pommettes, afin de feindre l'éveil pendant encore un moment, à défaut de faire la conversation. Puis n'y tenant plus, je saluai la tablée et sortis.
Dehors, je tombai sur deux des convives qui étaient sorties fumer, assises sur le rebord d'une vitrine, et étonnamment serrées l'une à l'autre. Puis mes yeux vitreux distinguèrent, assis à distance à moitié respectable, sur le même rebord, un homme, qui manifestement tentait de faire la conversation. Il me fallut moins d'un bâillement pour comprendre que mes deux amies jouaient au couple lesbien, pour se débarrasser de ce quidam et de sa gouaille probablement dragueuse. J'examinai ce dernier un peu plus attentivement : propre sur lui, probablement dans sa trentaine, une gueule d'homme, une vaine tentative d'élégance, et surtout, la mine de celui qui a passé la soirée au bar, et qui cherche désespérément à ne pas rentrer seul. Ses premiers mots ne me déçurent pas :
- Oh, ya know 'em? Ya know these lovely ladies?
- Well, I do
- They're part of your party in there? dit-il en gesticulant vers la porte que je venais de passer
- That's right.
- Are they really a couple?
- Well, échangeant un regard amusé avec la plus espiègle des deux, qui me le rendit bien, I'm not sure, I am not. I'm still investigating …
- Oh, ya still investigating, uh? ... What are you doing here?
- Right now, we're sitting here, then we're gonna go inside, but later, we're open to propositions, interrompit alors la fameuse petite espiègle, Are you coming home with us tonight, Sam?
- I haven't decided yet, dis-je, rentrant complètement dans le jeu.
- Oh, ya dunno? You're missing out, I'm tellin' ya, you're missing out … (s'adressant aux filles) I tell ya what, if he's not, I am interested.
- Hey, I'm not sure if I can handle it … well, them …
Je croisais à nouveau un regard plein d'amusement intérieur dissimulé.
- Hey, you have a European accent, don't ya? reprit-il à mon attention.
Mon ego hésita entre la satisfaction qu'il n'ait pas dit français, et la sensation toujours désagréable que, même éméché, il en est décelé un.
- I do, affirmai-je.
- Where are you from, ... China?
- Um, last time I checked, China was not in Europe!
Avant que je n'aie eu le temps de finir cette phrase, mes deux compères éclatèrent du rire qu'elles ne pouvaient plus contenir, et moi avec elles, irrépressiblement. Les regards disaient à la fois "quel blaireau !" et "en voilà une qu'on va pouvoir raconter à l'infini".
Alors je ne veux pas faire de généralités hâtives et céder à des préjugés faciles, mais il y a dans ce pays des vieux beaux désoeuvrés, dragueurs et avec de la bière dans le sang qui ont des notions de géographie eurasienne totalement visionnaires ou plus qu'approximatives ...
Sam, European Chinese
29 novembre 2006
What Bobby says ...
Warning : Allergiques aux billets
longs à n'en plus finir sur des sujets de politique environnementale, passez
votre chemin. Vous poursuivez la lecture de ce billet au péril de votre intérêt.
Mercredi soir, grâce à
une très populaire princetonienne de ma connaissance, j'ai eu la chance d'avoir
dans les mains une invitation pour aller voir, à l'auditorium de la Princeton Highschool
L'ensemble était très, très instructif et, si le contenu en est véridique, absolument révoltant ! Extraits
de ce qui m'a marqué :
quarante-huit états américains ont déclaré la consommation des poissons de leurs rivières impropres à la consommation pour cause de pollution au mercure. Les deux états qui ne l'ont pas fait sont le Wyoming et l'Alaska, pour la bonne raison qu'aucun test sur la faune aquatique n'a été fait. La pollution au mercure, vraisemblablement responsable de pluies acides dans le pays, pourrait être le résultat des rejets dans l'atmosphère des usines de gaz et de pétrole. Il y en a environ quatre-vingt dans le New Jersey. Les lobbyistes de ces industries ont largement financé la campagne de George Bush, dans un premier temps, puis son administration dans un deuxième, à hauteur d'une centaine de millions de dollars. Résultat, l'administration Bush a allégé le "Clean Air Act" (loi sur le contrôle de la pollution de l'air qui date de 1963) au profit de ces industries en 2002. Et Bobby de s'adresser emphatiquement à la salle : "L'administration Bush a privé l'Amérique de la traditionnelle partie de pêche entre un père et ses fils", et "Quand je vois mon fils, qui souffre d'asthme, chercher de l'air, je ne peux m'empêcher de penser que c'est parce que ces industries ont donné de l'argent à des politiciens" … ;
le taux de mercure dans les corps des américains est dramatiquement élevé. Kennedy lui-même affirme que son taux de mercure est 2,5 fois plus élevé que les taux reconnus sains par les agences gouvernementales. Il dit qu'avec certitude, on peut affirmer qu'une jeune femme enceinte ayant un taux de mercure dans son corps comparable au sien donnera naissance à un enfant avec des déficiences mentales irréversibles, et que les chiffres des naissances d'enfants atteints de maladie du cerveau sont en croissance permanente;
par décision du Congrès, les ondes hertziennes sont du domaine public, en conséquence de quoi les radios et les télévisions doivent "servir le public", en particulier en conservant des journaux d'information quotidiens. Il semblerait que les stations s'y soient tenues, considérant les divisions "actualités et informations" comme non-rentables mais obligatoires. A une époque, les chaînes garantissaient une information de qualité en embauchant des journalistes compétents et intègres, ce qui ne semble plus être le cas aujourd'hui, et il suffit de regarder la télévision pour s'en rendre compte. Considérées aujourd'hui comme des fardeaux nécessaires, les rédactions sont dépourvues de moyens, d'objectivité et de liberté, pour ne pas dire de compétence. La totalité de la presse, de la radio et de la télévision est détenue par cinq grands groupes, et ont tous des directives précises sur ce qui se dit ou non à l'antenne. Point de liberté de la presse dans ce pays, point de diversité, point de presse indépendante. Il est également très difficile de trouver des informations internationales. La plupart des chaînes de télévision n'en ont simplement pas. Pour l'actualité internationale en anglais, ceux qui le veulent consultent le site de la BBC (j'ai effectivement déjà été témoin de ça). Et Bobby de réclamer une presse agressive, indépendante et compétente …;
une étude faite sur un panel de républicains et de démocrates montre quelques points intéressants. Si on demande à chacun s'il pense qu'il fallait aller en Irak (la deuxième fois) et si les Etats-Unis avaient des raisons d'y aller, les réponses entre les démocrates et les républicains divergent fortement. Une large majorité des républicains sont pour, une petite minorité des démocrates sont pour. Si hypothétiquement, on repose la question, en supposant qu'il n'y avait pas d'armes de destruction massive, que les terroristes du monde entier n'ont pas leur quartier général en Irak, alors 84 % des démocrates et 84 % des républicains répondent qu'il ne fallait pas y aller. Intéressant au niveau de la désinformation. Et Bobby de conclure que les valeurs sont les mêmes mais que les sources d'informations sont différentes et que finalement, la plupart des républicains sont des démocrates qui ne savent pas trop ce qui se passe;
Une autre étude montre que deux tiers des américains pensent que c'est Saddam Hussein qui est responsable des attentats du onze septembre deux mille un. Et Bobby de laisser rire son public pendant vingt bonnes secondes;
Robert Kennedy ne croit pas en l'ultra libéralisme tel qu'il est pratiqué dans ce pays, mais croit cependant au marché libre. Inclure dans la valeur d'un marché les conséquences écologiques dans leur ensemble lui donne une vision de l'économie de marché tout à fait discordante avec ce dont il est témoin aujourd'hui. Et Bobby d'ironiser : "It's not about piling up your whole life and whoever dies with the most stuff wins".
Bref,
si on excepte le sermon sur les manifestations de Dieu dans la nature comme
raison de la préserver, tout ça semblait de bon sens et il était plaisant
d'entendre quelqu'un avec une vraie conscience écologique et des idées sur le
sujet qui ne sont pas incompatibles avec l'action individuelle et le monde
économique comme il est presque.
La salle, résolument démocrate (bien que Bobby
ne se réclame ni démocrate ni républicain), applaudit à maintes reprises, en
particulier quand les touches d'ironie égratignaient Bush et son administration.
Au passage j'en profite
pour conseiller le très bon film d'Emilio Estevez, "Bobby", sur l'assassinat de Robert F.
Kennedy ("The greatest president America never had"). C'est un film-chorale
(vingt-deux personnages !) bien réalisé, bien monté, avec des messages clairs
sans être étouffant, et suffisamment enthousiasmant pour que j'arrive à me faire
surprendre par l'assassinat. Pourtant, je le savais !
Sam.
PS: pour ceux qui sont
arrivés jusqu'en bas de ce post, d'abord bravo, ensuite je ne fais que
retranscrire des choses que j'ai entendues, je suis loin d'avoir vérifié toutes les sources, mais l'ensemble était convaincant et avait le mérite d'engager le réflexion, et troisièmement, j'écris aussi ça
pour m'en souvenir parce que ça m'a intéressé.
14 août 2006
Sous d'autres cieux
Pour un publicitaire américain, se limiter aux panneaux géants de Times Square, aux journaux, à la télévision, à la radio, aux magazines people, aux parois des bus, aux sacs de supermarchés, aux salles de cinéma, aux voitures de particuliers, aux taxis, aux devantures des magasins, aux pop-ups sur internet, aux canettes de soda, aux salles de concert, aux pelouses des stades, aux maillots des sportifs, aux halls de gares, aux paquets de cachuètes, aux sites touristiques, aux sponsorings de tout et n'importe quoi, aux annonces ambulantes par haut-parleur, aux couloirs du métro, etc., ça commence à ne plus suffir et à faire cheap. Ici, aucun moyen d'échapper à la publicité. On mange sponsorisé, on boit sponsorisé, on va voir des concerts sponsorisés dans des salles qui portent des noms de grandes marques, pareil pour les événements sportifs. Difficile de ne pas avoir une annonce dans son champ de vision, et même si on fermait les yeux, il se trouvera toujours bien, un poste de radio ou de télévision pour nous énumérer yet another immanquable promotion. Les rayons des supermarchés sont tellement colorés qu'ils en deviennent agressifs pour la cornée, je suis sûr que je ferais mieux d'aller faire mes courses avec des lunettes noires, je demanderai à mon médecin. L'autre jour, excédé par tant de sollicitations, je levai la tête au ciel, seule direction vierge de réclame, sur le point d'implorer les autorités supérieures compétentes de nous donner un break, comme on dit ici. Et puis j'ai vu ça :

(cliquer sur l'image pour agrandir)
L'originalité
du support compense sûrement la pauvreté du message. Je n'ai même pas vu
l'avion qui a fait ça, mais on m'a assuré que ç'en était bien un.
Chapeau au pilote, il le mérite malgré tout.
07 juin 2006
From hell et télévision
If the morning ever comes...
Aujourd'hui,
j'ai appris un mot. Ce mot, je ne m'en souviens plus, je l'ai déjà
oublié. Pour ma défense, il devait faire au moins 30 lettres et il m'a
fallut mobiliser tous mes souvenirs de latin pendant près de trente
secondes pour avoir une idée de ce qu'il voulait dire (c'était du grec). Ça en revanche
je ne l'ai pas oublié. Il voulait dire "adorateur du nombre 666", the number of the Beast, "111
fois six, le code-barre de l'antéchrist". Et c'était le bon jour pour
apprendre ce mot (pour l'oublier je ne sais pas ...), parce
qu'aujourd'hui, nous étions le 06/06/06, ou 6/6/6. Et comme ici comme dans
beaucoup d'endroits, on n'est pas avare de superstition, et bien on
entend un peu partout que c'est la fin du monde. Comme le premier
janvier 2000 ? Oui tout comme oui. Pas de phénomène inexpicablement apocalyptique, pas de
grondement sourd venu des profondeurs, pas de chats noirs mutants dans
les rues, pas de secousses sismiques cataclysmiques, pas de destructrice comète extraterrestre, pas même une goutte
de pluie. Un 6 juin qui donc va débarquer (ha! ha!) sur un 7 juin, un mardi de
la fin du printemps dans un coin tranquille du New Jersey en somme. Je vous en foutrais, moi, des prophéties !
We'll be right back !
"Aucune
différence entre vivre et regarder la télévision". C'est une phrase
d'Andy Warhol (Ma colocataire doit être Warholienne). Je ne sais pas ce
qu'il a voulu dire exactement. Je crois que ce serait encore plus
dérangeant s'il avait dit "Aucune différence entre regarder la
télévision et vivre". En tout les cas, je ne pourrais pas vivre devant
la télévision américaine, dans sa version contemporaine et live.
D'abord, il faut savoir que la télévision américaine à un large écran,
et un nombre de chaînes démentiel pour un prix ridicule. Chez moi, il y
a plus de 80 chaînes, ce qui en fait environ 78 que je ne trouverai
jamais le temps de regarder. A la télévision américaine, il y a de la
publicité. Et entre les pubs, des fois, sûrement pour que l'esprit du
téléspectateur puisse se reposer, qu'il puisse aller satisfaire un
besoin naturel, ouvrir au livreur de pizza ou relire les notes qu'il a
frénétiquement prises, il y a de courts morceaux de films, de séries ou
d'évènements sportifs. Mais ce ne sont que des extraits, placés entre
les spots publicitaires pour divertir, pour couper un peu le rythme de
ce téléachat permanent, pour que personne ne rate cette offre
incroyable sur la tablette réglable sur trois angles et six hauteurs
(18 tables en une !), qui glisse sur tous les sols et permet
d'installer de façon pratique et astucieuse son plateau repas devant le
canapé quand on ... regarde la télévision, de sorte que l'on a encore moins
besoin de bouger. Bien sûr, si vous appelez tout de suite, un "remote
organizer" (sac à poches en toile de jute qui sert à classer ses
télécommandes) vous est gracieusement offert. Hum. Et ça continue
encore et encore ... Et puis arrive toujours le passage émotion-vérité,
où l'acteur de seconde zone sur le retour, le comique au chômage ou la
teen-star du moment vient face à la caméra et annonce que ce n'est pas
le fabricant qui dit que son produit est le meilleur du marché, mais
une étude indépendante sur les poignées amovibles/coupes-ceintures de
sécurité/brises-glaces, de moins de 7 pouces et deux livres en matériau
composite livrés en moins de 48 heures qui atteste que CET instrument
est le meilleur de sa catégorie et qu'il réduit le mal de dos de 25 % (?!?). J'exagère
à peine.
Autre
grand moment de plaisir : les publicités pour les
médicaments. Ici les médicaments sont en vente libre ou presque et la
pub en profite. Seulement pour se prémunir contre les procès, les
laboratoires doivent être obligés de faire la liste des effets
secondaires et conditions indésirables à la prise dudit médicament.
Ainsi, les 20 dernières secondes de la pub donnent l'occasion à la voix
off d'essayer de lire le plus vite possible les notices.
"Sivousconstatezdesdiarhéesvomissementsvertigesnauséesirritations (respiration)
inflammationsblablablaconsultezunspécialiste".
Toujours agréable aux
heures de repas.
Vu également, l'hôpital qui se fout de la charité,
au plutôt du cancéreux. Philip Morris, le cigarettier numéro 1 dans le
monde à ouvert des cliniques de désintoxication ... et fait de la pub à
la télévision. Bien vu, effectivement, il y a un marché.
A cause
de la publicité donc, les films sont non seulement hachés, mais
également découper/remonter pour tenir dans les intervalles de temps prévus pour
eux. Pratiquement un scandale pour le cinéaste qui a pensé chaque
seconde de son film pour qu'il garde à la fois une durée acceptable et
le rythme voulu (de toute façon, le rythme ... il était déjà mort). Je
me vois bien regarder Psychose, Shining, Alien, le Silence des Agneaux ou Scream
entre des pubs pour de la mousse à raser et un séjour en thalasso. Pour
le reste, la téléréalité, si elle a été inventée ici, a encore une
bonne longueur d'avance sur son équivalent français. En France, on se
défie encore sur des îles, on met son couple à l'épreuve dans des
paradis azurés, on fait des trucs de ouf juste pour se prouver qu'on a
les c..., et on élit le chanteur de demain qu'on aura oublié
après-demain en envoyant des SMS. Ici, tout ça, on a déjà fait, et on
l'a même inventé. Du coup, on est parti pour élir le prochain tout : mannequin,
chef cuisinier, chanteur, danseur, animateur de télé, lave linge de l'année ... Et puis il y
a MTV qui propose de suivre miss Pleine-aux-As (Non, pas Paris Hilton,
une autre) dans sa tentative de s'entendre avec des jeunes de son âge
sans l'aide de sa carte bleue ou des minettes de seize ans qui reçoivent un
4x4 ET un coupé sport pour leur 16 ans ...
A côté de ça, Gott sei dank, il y le reality show. Un
reality show, c'est d'abord et surtout une personnalité : le présentateur ou host. David
Letterman, Conan O'Brian, Steven Colbert, Oprah Winfrey, Ellen
Degeneree sont les plus célèbres. Dans une ambiance de cabinet de psy
avec un public et un orchestre, des invités défilent pour faire la promotion de leur
"actualité". Le truc, c'est qu'en général en face d'eux, les
présentateurs sont de grands comiques, avec un grand sens du rythme et
des talents d'interviewer incroyables. En gros ils font ce qu'ils
veulent, qu'ils reçoivent une personnalité politique, un acteur ou une
éponge. Et en général, c'est drôle. Sauf que toutes les cinq minutes ou
presque, le présentateur se tourne vers la caméra et dit "We'll be right back!". Et là tu sais que la pause est finie et qu'il va falloir reprendre des notes, parce que c'est la pub ...
02 juin 2006
A word about Princeton
Aujourd'hui, quelques mots sur Princeton, puisque je ne l'ai pas déjà fait.
Il fait trop chaud pour travailler
La vie suit son cours dans le New
Jersey, où la température monte à mesure que la pluie tombe, ce qui
occasionne de jolies volutes de vapeurs sur des routes ma foi
dangereuses (La direction départementale de l'équipement locale ayant
décidé que les routes pouvaient être plates, voire légèrement en
cuvette, histoire de rentabiliser les investissements des constructeurs
automobiles américains en matière de dispositif anti-aquaplaning). Le
climat vire donc à l'étouffant, et l'ouverture de la piscine d'Avalon Run,
la communauté d'appartements où vivent la plupart des internes français
a été accueillie comme un soulagement, et la baignade post-sortie de
bureau est devenue en deux jours une habitude. La climatisation
fonctionne à plein régime dans les voitures et à Siemens, où une petite
laine n'est parfois pas de trop. Absurde, me direz-vous, et je serai
bien d'accord, mais ici, on n'a pas signé les accords de Kyoto, et on
ne sait même pas ce que c'est. A ce sujet, je me demande si les marques
de voitures européennes font volontairement aux USA des voitures
qui consomment plus que celles qu'ils vendent en Europe, histoire de ne
pas froisser les concurrents américains. Parce que des BMW et des
Mercedes, il y en a plein (non, pas de françaises non). C'était juste
une question en l'air !
Princeton, New Jersey
Princeton
continue d'être cette charmante petite bourgade de la côte est, qui
abrite environ 15 000 habitants sur ces 4,8 km². Elle est située dans
le Mercer County, qui affiche une densité de population de
l'ordre de 600 habitants/m² (20 330 pour Paris, 3709 pour Dijon).
Autant dire qu'on se sentirait à la campagne ... si ça ressemblait à la
campagne. Je n'ai pas encore vu une vache, un mouton ou une poule. La
faune de Princeton est bien plus bucolique : des oies sauvages par
centaines, des écureuils par dizaines, et même des chevreuils qui
broutent dans les jardins à la nuit tombante. C'est mignon comme tout.
On ne se sent pas à la campagne aussi parce qu'ici Dame Nature a peu
d'occasions de faire la maligne. Tous les bords de route sont
soigneusement tondus par des Mexicains qui doivent mourir de chaud,
assis sur leur tracteur tondeuse toute la journée, les bois sont
débroussaillés, et le moindre arbre est taillé. Du coup, oubliée la
nature sauvage et ténébreuse de la campagne bressane de ma prime
enfance. Ici, on a partout l'impression d'être dans le jardin de
l'oncle Sam (pas moi, l'autre).
"C'est trop calme, j'aime pas trop beaucoup ça, je préfère quand c'est un peu plus ... trop ... plus moins calme"
Princeton
est un endroit où il fait bon vivre si l'on en croit le magazine Forbes
qui l'a placé l'an dernier 15ème de son classement des villes où il
fait bon vivre en Amérique. Pas mal. Mais c'est considérer que "faire
bon vivre" réfère au combo "grosse maison-barbecue-tondeuse à gazon
électrique-garage deux places-patrouille de police en
permanence-système scolaire prestigieux-petite ville tranquille-80% de
blancs". Wysteria Lane n'est pas un mythe, elle a existé ici
! Parce que si on ne se conforme pas au couple idéal proche de la
quarantaine avec deux beaux enfants, bien coiffés et bons à l'école,
Princeton, c'est un peu ... chiant. Voilà, c'est dit. A Princeton, il y
a deux bars, un pour les gens bien habillés où on mange des burgers en
écoutant des chanteurs country du cru dans un cadre imitation
brasserie, et l'autre pour le peuple, où la bière est à un dollar et où
on chante faux dans un micro au karaoke du mercredi soir. C'est presque
tout. Sans la proximité d'Atlantic City, New York, l'océan et
Philadelphie, je pense que cette ville ne serait pas supportable plus
d'un mois.
Dei sub numine viget ("Under God's power she flourishes") - Devise de l'Université de Princeton
"Ivy
League, Ivy League! C'est toi l'Ivy League !" Non,
Ivy League, n'est pas une insulte. L'expression fait référence au très
prestigieux groupement de huit très prestigieuses universités privées
américaines dont celle de Princeton. Et oui, la grande
fierté de cette ville et ce qui fait qu'elle est mondialement connue,
ce n'est pas pour son champ de bataille où personne ne sait ce qui
s'est passé (je crois que les indépendantistes américains y ont mis
une
race aux britanniques pendant la guerre d'indépendance, l'autre guerre
américaine ... ou un truc comme ça), mais bien pour son université
vieille de près de 250 ans. Dans l'Ivy League, il y a Brown, Columbia,
Cornell, Dartmouth, Harvard, Yale, l'Université de Pennsylvanie et donc
Princeton. Oui, vous avez bien lu, pas de MIT, ni de Stanford, Berkeley ou
autres établissements de la côte ouest. L'Ivy League, c'est à l'est que
ça se passe. Apparemment, tout part d'essayer de savoir quelle
université avait les meilleurs athlètes il y a un siècle et demi et les huit membres
organisaient des kermesses olympiques dans la lignée de ce qui se fait
en bateau sur la Tamise. Bref, depuis, Ivy League signifie excellence,
élitisme, sélection et bien sûr pognon, à l'entrée (beaucoup) comme à
la sortie (beaucoup, beaucoup). L'Ivy League se fait aussi appelée Ancient Eight et Princeton fait même partie du Big Three avec
Yale et Harvard. Ca a l'air noble, mais encore une fois, à l'origine,
ça veut encore dire que ces trois là jouaient mieux au football
américain que les autres.
Plus sérieusement, Princeton a accueilli des gens comme James Madison (4ème président des USA), Woodrow
Wilson, (10ème président des USA), John F. Kennedy (35ème président des
USA), Alan Turing, Brian Kernighan (un des inventeurs du C), Carl
Compton, John Van Neumann et Albert Einstein pour ne citer qu'eux parmi
les dizaines
de sénateurs, de Prix Pulitzer, de médaillés Fields et de Prix
Nobels divers qui ont fréquenté ces lieux (Plus étonnant, sont passés
par là Ethan Coen, qui n'est pas fils unique, David Duchovny, le gars qui a répété pendant dix ans à la télé "The truth is out there" à une rousse incrédule, et Dean Cain, le superman de Loïs et
Clark). Il parait qu'on peut même encore voir déambuler
laborieusement John Nash, l'inventeur de la théorie des jeux, Prix
Nobel d'économie et héros du film biographique "A beautiful mind" ("Un homme
d'exception", son rôle était tenu par Russell Crowe). Si j'y arrive, je
ramène dans mes bagages une photo de John Nash et moi. Ca le ferait,
non ?
Pour les photos du campus et ses jolis bâtiments du début du XIXème, voir l'album photo "Princeton"
22 mai 2006
Les pouces des pieds qui font la tête comme un gros chat !
Dans la série "Est-ce que les USA ça dépaysent ?", aujourd'hui je me propose de parler de mesure. Dans le monde des mesures il y a le système que nous connaissons bien en France, le mètre et ses fractions et multiples logiques (j'insiste sur le côté logique de l'affaire), le gramme et ses grands frères tout aussi logiques, le litre, et même le degré Celsius, qui est sûrement le plus idiot de tous, mais on sera indulgent avec lui parce qu'il est du côté des gentils. Et bien on ne rend jamais assez hommage au système métrique, en France, où il est la norme, et ce manque de reconnaissance, il nous le fait payer quand on arrive ici. Non seulement on change d'heure et de monnaie, ce qui était anticipé, mais tous les étalons changent et là, c'est un peu le drame, un peu comme un passage à l'euro pour toutes les valeurs de la vie quotidienne, alors que tu utilises encore l'ancien franc.
Ici, je pèse 151 A, je mesure 5 B et 4
C, quand il fait 0 degrés D, il vaut mieux rester à l'intérieur et
quand il fait 32 on se les gèle grave, les cannettes de Coca Cola font
12 E et le réservoir de ma voiture à une contenance de 10 F. Dans
l'ordre : pounds (453 g), feet (30,48 cm), inches (2,54 cm), fahrenheit (température en Celsius - 32 puis multiplier par 0,55 ), fluid ounces (0,03 L) et gallons (3,79 L). Mais il y aussi le yard (0,91 m), l'ounce non liquide (28,35 g), le mile (1.609 km soit 1720 yards), le quart (0.95 L), la pinte (0.47 L), le ton (907 kg) et l'acre (43 560 square feet ou 4 840 square yards,
soit 4 046,8564224 m²). Nul besoin de précisr que les règles pour
passer d'une mesure de distance à une autre ne sont pas les plus
simples imaginées et que dans la mesure où on doit tout convertir, il
n'est pas rare qu'on utilise mentalement et par erreur le moyen
mnemotechnique utilisé pour passer de l'euro au dollar, pour convertir
des pieds carrés en mètres carrés, ce qui crée toujours des
désagréments. Autre exemple, ma voiture affiche sa consommation moyenne
en miles par gallons ! On est quand même à un inverse et deux
conversions de nos bons vieux litres aux cents ! Et je ne parle
pas du prêt-à-porter. Tout ça est un peu fatigant et on est souvent
tenté de se laisser aller, de laisser les autres faire les conversions,
parce que ça demande toujours un petit effort. C'est juste ennuyeux
quand le conducteur fait une erreur d'une puissance de dix en passant
des pieds en kilomètres !
Il se trouve que le système, notamment
pour les longueurs, est peu pratique parce qu'il ne suit pas la règle
du calcul en base qui simplifie tellement les choses, mais nous serions
aussi désorientés si ces unités avaient une vraie logique, si
simplement les normes étalons étaient différentes. On se rend compte
qu'on y est attaché à notre système métrique, et on ne savait pas
vraiment à quel point. Encore une part de notre culture et notre
éducation dont on n'a pas nécessairement une conscience claire et qui à
la vie très dure à l'étranger. Un truc qui nous semble naturel, et qui
nous sert tous les jours, au même titre que la langue, et avec lequel
on s'attend moins à éprouver des difficultés hors de nos frontières, un
truc dont on n'imagine pas qu'il puisse nous définir tellement il a
l'air bêtement pratique, mais nous identifie comme des européens ici. Unexpected.
Sam, perplexe.
06 avril 2006
Don't drink and drive, you may spill your beer !
Il faut reconnaître qu'après moins d'une semaine sur le sol américain,
je peux difficilement commencer à décrire cette supposément si décadente
société américaine. Donc je ne le ferai pas tout de suite, laissant encore
quelques jours à mon esprit sarcastique européen pour réfréner les violentes
poussées de facilité qui le prennent, chaque fois qu'il est témoin d'un évènement
s'inscrivant bien dans un de ces solides préjugés qui courent la Gaulle.
Il faut quand
même bien reconnaître que les Etats-Unis, c'est grand, et que comme il
y a de la place, et bien on a de grands jardins, des cours de tennis et
des lacs artificiels devant chaque entreprise et des places de parking pour
chaque membre du personnel, et du coup, on s'étale. Du coup c'est un
fait : la voiture est nécessaire. Mon hôtel est à quatre bâtiments de
mon hôtel, et la première
fois que j'ai fait le trajet à pied, ça m'a pris quarante minutes, et
je ne parle pas du centre ville de Princeton, loin de plusieurs miles.
En arrivant à l'agence de location, qui
est par ailleurs bien cachée dans le hall d'un Hôtel Sheraton, à 30 miles de Princeton, je
n'ai vu que de belles voitures sur le parking. Ca s'annonçait bien. Et
je me suis
retrouvé avec un joli petit bolide rouge, trois portes seulement, mais
un
aileron à l'arrière, pour faire bien (mais orienté si vicieusement, que
de nuit, il cache les feux des voitures et reflète les lampadaires
comme si c'étaient des phares, hum).
Bien sûr, la boîte est automatique ainsi que l'ouverture des portes, la
gestion des phares, des essuie-glaces et de la radio, etc. Je pourrais
encore conduire cette voiture amputé du pied gauche et de la main
droite, celle qui pioche invariablement dans le vide après chaque démarrage.
Quand je rentrerai en
France, et que j'aurai les réflexes contraires, c'est à dire appuyer
sur des
pédales sans se soucier d'autre chose que du trafic, ça risque d'être
plus
dangereux, mais dans ce sens là en tout cas, la transition était faite
en quelques minutes.
Oubliées, les notions de frein moteur, de ralenti, de passage de
vitesse à
l'oreille, de reprise en quatrième, d'embrayage délicat, de passage de
feu en
troisième, de démarrage en côte, etc. Plus que deux choses à savoir.
Plus vite, pousser à droite. Moins
vite, pousser à gauche.
Remarquez, cette extrême simplification est bien compensée par la
complexité de la signalisation américaine. Petit aperçu de la conduite dans et autour de Princeton :
Ici, on n'indique pas les villes, mais les points cardinaux et les numéros de route. Les (rares) panneaux sont au niveau voire après les intersections aidant ainsi le conducteur légèrement myope à pratiquer son habileté au demi-tour en trois manoeuvres.
Les feux sont souvent de l'autre côté du croisement, ce qui signifie qu'il faut s'arrêter environ dix mètres avant le feu ... dans 60 % des cas, au raz du feu le reste du temps (un jeu toujours intéressant à jouer la nuit). Il est autorisé de tourner à droite quand le feu est rouge, sauf quand le perturbant panneau "No turn on red" est suspendu sous le feu. A garder en tête quand on est piéton.
Les noms des rues sont suspendus sous les feux, mais il s'agit toujours de la rue transversale, jamais de celle sur laquelle on est.
Il est autorisé de doubler par la droite, sur les trois voies de la Route 1 (axe principal, liant New York à Philadelphie).
Ajouter à cela que je ne sais rien sur la priorité à droite ici, que les limitations de vitesse sont en miles et paraissent ridiculement basse (25 miles/heure sur des routes de campagne larges comme des autoroutes, 65 miles/heure sur des autoroutes larges comme des aéroports …), qu'il y a quand même des panneaux dont la signification m'échappe encore et que c'est la première fois que j'ai une voiture à utiliser au quotidien, et vous pouvez imaginer qu'il y a de quoi s'amuser.
Le petit supplément, c'est que l'agence
de location nous oblige à changer de voiture tous les mois ou toutes les
2000 miles à peu près, ce qui fait que j'aurai l'occasion d'essayer au
moins et au mois 5 autres voitures sur la durée de mon séjour, dont certaines (les
berlines en particulier) sont inenvisageables pour un étudiant français,
et surtout pas franchement nécessaires. Mais ça nous donne aussi la
liberté et la chance de circuler dans et en-dehors de l'état.
A venir, un post sur cette fantastique attraction qu'est la télévision
américaine, un sur mon cadre de travail, et une overview de Princeton.
Be good.
Sam








